« Portrait du Docteur Arpad Plesch » 1961-1962

Huile sur toile

78 x 70 cm

En haut à gauche monogrammé et daté « GS 13 XII 61 / 21 IV 62 » Au verso monogrammé et daté «  GS 13 XII 60/61 » Bibliographie : « Répertoire bibliographique de la bibliothèque d'Arpad Plesch, 1001 livres botaniques » 1973, repr. p. 4 Roger Berthoud : « Graham Sutherland a Biography », 1982, pp. 244-245 Provenance : Famille Plesch

Sutherland est un artiste en marge des grands courants artistiques bien qu’il existe des affinités entre son œuvre et celle de certains grands artistes surréalistes tels que Max Ernst, André Masson, Wilfredo Lam ou Wolfgang Paalen. Son œuvre se déploie dans trois directions principales : le paysage, la peinture religieuse et le portrait. Ce sont ses portraits, commandés par d’importantes personnalités, qui le rendent célèbre. Sutherland fixe par exemple les traits de Winston Churchill en 1954, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’homme d’Etat. Si les portraits de Sutherland paraissent sobres et réalistes, ils ne sont pour autant jamais conventionnels : négligeant le fond du tableau et le décor, ils se concentrent sur le visage, les mains et la posture du modèle dont le peintre s’attache à faire ressortir l’humanité et la psychologie.

Dans ce portrait, Sutherland représente le Hongrois Árpád Plesch (1889-1974), financier d’envergure internationale, banquier et avocat. Ayant quitté son pays, il étudia un certain temps à l’Université d’Edimbourg avant de s’établir en Allemagne, en France puis en Suisse.

Propriétaire d’une célèbre collection de dessins et d’ouvrages sur la botanique, Plesch était aussi le conseiller de la première fortune d’Italie, Giovanni Agnelli, Président de Fiat. Il côtoya de fait la gentry internationale de la deuxième moitié du XXème siècle. 

La personnalité puissante de Plesch qu’imposent un front dégagé, une expression volontaire et un regard assuré, est renforcée par le jeu des mains glissant sur la barre d’appui, alors qu’il s’apprête à ranger ou à consulter un ouvrage relié. La physionomie du modèle se détache sur un fond rouge orange soutenu, d’apparence abstraite. Sa tonalité s’accorde avec l’énergie du personnage tout en rehaussant la vivacité de la composition. Un carnet de croquis, conservé à la Tate Gallery, présente sur l’un de ses feuillets deux études qui expliquent l’attitude atypique du banquier. Le modèle est représenté le bras posé sur la rampe d’un escabeau de bibliothèque, sans doute celle de la Villa Leonina. Le volume rouge qu’il tient icide la main gauche symbolise sa passion de bibliophile. Un tel dispositif est traditionnel dans le portrait européen. La pose elle-même, bien qu’elle relève ici de l’instantané photographique, n’en rappelle pas moins diverses figures du monde littéraire, théâtral et musical peintes par Joshua Reynolds et Thomas Gainsborough.

Sutherland passa une partie du mois d’août et la majeure partie du mois de septembre 1961 à fixer les traits de Plesch, âgé de plus de 70 ans. Ce dernier vivait alors retiré à La Leonina, spacieuse villa située à Beaulieu dans le sud de la France, en compagnie de sa femme, Etti. Le tableau que l’on découvre ici fut présenté à Plesch chez Lord Beaverbrook qui avait réuni le peintre et le modèle à Londres, un soir de décembre. Plesch accepta le portrait et l’intégra aux lambris de sa bibliothèque de la Villa Leonina, comme semble le prouver la bordure de chêne qui l’encadre et qui provient de la boiserie. Lorsque Plesch mourut en 1974, à l’âge de 85 ans, Sutherland donna à sa veuve une autre version à fond brunâtre qui n’avait pas été retenue par Arpad Plesch et cette dernière donna la version à fond rouge à sa fille.