« Portrait d’Ed Moses » 1990

Huile sur toile

Signé et daté au verso : "H. Caland 1990"

27 x 19 cm

Provenance : Collection Earl Mc Grath, acquis directement auprès de l'artiste à Los Angeles

Fille unique de Béchara el-Khoury, premier président de la République libanaise, Huguette Caland est devenue l’une des principales figures de la scène artistique libanaise après l’indépendance. Elle grandit à l’ombre du pouvoir, au sein d’une société patriarcale contre laquelle la peinture fut un moyen de lutter. Caland commence à peindre à l’âge de 16 ans sous la tutelle de Fernando Manetti, artiste italien résidant au Liban, puis poursuit ses études à l’Université américaine de Beyrouth. Au milieu des années 1970, Caland se fait connaître par son exploration de la nudité dans la série « Bribes de Corps ». Elle devient aussi illustratrice pour Adonis et Andrée Chedid, designer d’une ligne de vêtements conçue avec Pierre Cardin, avant de se dédier entièrement à la peinture. Elle déménage à Paris en 1970 puis à Los Angeles en 1987 avant de s’établir à Venise. Entre New York, Los Angeles, Paris où elle fait de fréquents séjours, elle se lie avec des artistes de renom tels qu André Masson, Pierre Shaeffer, Ed Moses, Larry Bell et James Hayward. En examinant l’œuvre de Caland, l’impossibilité de dissocier ses peintures de sa propre mémoire devient une évidence. Toutes sont des images qui révèlent une expérience, une rencontre, une émotion. 

Le portrait d’Ed Moses en est un exemple. Celui-ci traduit en peinture l’amitié forte et tumultueuse qu’elle entretient avec le peintre américain, figure innovatrice et centrale de l’art de la côte ouest d’après-guerre. Nombreux sont les artistes qui se retrouvent alors à Los Angeles tels que Wallace Berman, Billy Al Bengston, Robert Irwin, Craig Kauffman, John Altoon, Larry Bell et Ed Ruscha. Caland remarque Moses pour la première fois lors de l’une de ses expositions à Paris. Bien que les deux artistes ne soient pas présentés l’un à l’autre, Moses devient un sujet presque obsessionnel pour Caland qui débute une série de portraits de l’artiste américain. La fin des années 1980 est marquée à la fois par la rencontre des deux artistes lorsque Caland s’installe à Los Angeles mais aussi par le tournant définitif de l’œuvre de Caland vers l’art abstrait.

Dans ce portrait datant de 1990, Caland saisit les traits de Moses au moyen d’aplats épais et texturés de rose vif, blanc cassé et brun. De par l’utilisation de formes géométriques, Caland donne une interprétation quasiment abstraite du visage de l’artiste tout en rendant hommage à sa propre technique picturale. La peau brune est parsemée de touches grises et noires telles qu’un trait suggérant le nez et donnant au tableau une orientation diagonale. La barbe blanche, si caractéristique de la physionomie de Moses se détache de la chemise rose vif, ton que l’on retrouve dans les lèvres fines du peintre. Les coups de pinceau expressifs ainsi que l’accumulation de textures reflètent le tempérament tumultueux et passionné de Moses tout en évoquant le caractère épineux de l’amitié qui lie l’artiste et son modèle. C’est dans le studio même de Caland à Los Angeles que le galeriste Earl McGrath, véritable légende et figure d’influence des cercles de l’industrie musicale, de l’art contemporain et des lettres sur la côte est comme Ouest des Etats-Unis, achète le portrait de Moses pour compléter sa collection personnelle.

Le portrait révèle le ludisme de la pratique artistique de Caland mais aussi sa force suggestive qui la place aux côtés de Shafic Abboud, Yvette Achkar, et Helen Khal, comme l’une des artistes libanaises contemporaines les plus influentes de son temps. Succédant à de nombreuses expositions collectives, telles qu’à l’Institut du monde arabe à Paris en 2012, au Hammer Museum de Los Angeles en 2016, à la Biennale de Venise en 2017, deux expositions de son œuvre ont eu lieu en 2019, l’une à la Tate St Yves au Royaume-Uni, l’autre à la galerie Kayne Griffin Corcoran de Los Angeles.